jeudi 18 février 2016

Conférence Statutaire de Sylvie TREBOSC-BONZOM (10-02-2016)

Sylvie
L’évolution du métier d’acheteur au sein de Aérospatiale-Airbus durant la période de 1978 à 2008.

Lorsque j’ai été embauchée à Aérospatiale, à la fin des années 70, les Achats n’existaient pas encore. On parlait d’Approvisionnements. C’était un métier inconnu, enseigné dans aucun cursus d’études.
Après la période du Concorde, Aérospatiale se lance dans le nouveau programme Airbus , avec l’objectif d’un véritable challenge industriel et  une volonté nouvelle et innovante de contrôler mieux ces coûts de  pièces avion.
Jusqu’à cette période là, de nombreux fournisseurs ayant déposé des brevets sur des pièces, se trouvaient en position de monopole sur les marchés et contrôlaient nombres de coûts d’achat.
La définition de l’A310, avec la re-conception totale du poste de pilotage, a permis, grâce au développement de nouvelles pièces, d’appliquer des méthodes innovantes d’achat et de travailler en amont avec le bureau d’études tout en  sensibilisant l’ensemble des intervenants sur la maitrise des coûts.
Rapidement après mon embauche, je deviens la première femme acheteur sur un poste pilote en semi équipements électriques. De la conception, jusqu’au montage sur avion, en incluant les rechanges et les chantiers.
Cette période très riche en découvertes, n’a pas pu être élargi à d’autres acheteurs, car trop complexe en matière de métiers différents.
A partir de cette expérience, il sera décidé que la logistique et les achats seraient deux métiers distincts.
Aérospatiale s’inspire, à cette époque, en matière de logistique, du secteur automobile et crée le plus grand magasin entièrement robotisé d’Europe sur le site de Saint Martin.
Durant les tous débuts des années 80, les techniques d’achat étaient toutes à créer. C’était passionnant, porteur d’un souffle nouveau, innovant.
Nous agissions avec enthousiasme et nous n’hésitions pas à combattre les réticences aussi bien en interne qu’en externe.
Il a fallu casser les codes, les monopoles, les habitudes, tout en faisant de la pédagogie pour enseigner la notion de coût global.
La création d’un nouveau concept multi métiers, regroupant les concepteurs, la qualité, la logistique, la production , les rechanges devient le précurseur de ce que l’on appellera plus tard, le travail en « plateau ».
Responsable fonctionnelle d'une équipe, nous travaillons à réduire les délais dans les prises de décision,supprimer des procédures administratives et tout ce qui concerne la non valeur ajoutée, rationaliser les actions. L'acheteur a une implication croissante au sein de l'entreprise. Il devient un "point focal" d'entrée.
Pendant des années mon métier a consisté à : 

Travailler avec le Bureau D’études le plus en amont possible dans les définitions afin d’introduire très tôt la notion de coût , aussi bien en développement fournisseur, qu’en application interne en Production ainsi qu’en coût de maintenance en compagnie aérienne.

Mettre en place des plans d’actions financiers dans les contrats.

Respecter tous les délais de livraison et de production.

Mettre ne place des rapports de choix et des suivis de performances fournisseurs.

Suivre l’ensemble des qualifications.

Rédiger avec les juristes les clauses des contrats.

Négocier les clauses de compétitivité etc…

La fonction évolue vers de plus en plus  de professionnalisme. Nous devenons une référence en matière de compétences. Certains d’entre nous commencent à donner des cours, à intervenir lors de séminaires,  tout en respectant des clauses de confidentialité drastiques.

Pour avoir plus de poids dans les négociations, il faut regrouper les volumes d’achat. Non seulement entre les usines mais aussi entre les  branches du groupe.

Le programme Airbus ayant le plus gros volume d’achat, j’achète également pour Eurocopter, Ariane et les Missiles.

En même temps, nous esquissons les bases de ce qui deviendra la future centrale d’achat.

A la fin des années 80, je quitte le milieu de l’électricité qui a terminé sa révolution technique, pour aller vers un domaine plein d’avenir : le composite.

La réduction de coûts des pièces avion est menée en parallèle avec la réduction du poids total de l’avion (réduction de consommation de carburant), tout en essayant d’anticiper une problématique de potentielle rupture de matière première au niveau mondial.

Le secteur du composite est alors un milieu très fermé, avec des spécialistes  très pointus, peu de fournisseurs, des positions de monopole et partie intégrante des brevets de développement.

La législation sur ces produits est en perpétuelle évolution avec de grosses contraintes de pérennité et  de stockage.
Je garde un souvenir mitigé de cette période où le challenge relevait davantage de l’exploit technique, dans le domaine du drapage par exemple, que de la maitrise des coûts.
C’était l’époque Aero Matra Airbus.
Au début des années 90, je continue l’aventure mais cette fois ci dans le domaine des pièces forgées et matricées.
Un milieu rude dans une industrie lourde.
Nouveau défit avec le lancement du programme A380 et un développement de pièces hors norme dans le dimensionnel, sur des niveaux de performance jamais atteint encore.
Le Bureau d’Etudes comme les fournisseurs  mettent toutes leurs forces vives dans ces performances d’innovation extraordinaire.
On est dans un niveau de compétence jamais atteint. C’est passionnant mais extrêmement stressant car il faut respecter le délai de livraison des premiers avions. 
C’est une période de pilotage permanent des analyses de risque et de suivi des coûts des pièces mais aussi et surtout des outillages qui doivent être en permanence réétudiés.
Quelle merveilleuse émotion partagée le jour du premier vol !
Puis début des années 2000, c’est une grande restructuration qui signe la fin d’une époque. Les achats  sont rattachés à la Direction. Je quitte l’usine pour intégrer le Siège.
Le Transnational  s’impose. Les achats sont stratégiques et politiques. Je travaille désormais sur les matières premières.
En 2008,  mon mari vient de prendre sa retraite et je décide d’anticiper la mienne.
Je mets fin à 30 ans d’achat, durant lesquels j’ai assisté et apporté ma modeste participation à l’évolution d’un métier que j’ai trouvé passionnant.

Un métier qui m’a offert une ouverture d’esprit et de contacts aussi bien en interne qu’en externe. J’ai travaillé  avec quelques 200 entreprises différentes.
J’ai côtoyé des gens qui avaient l’esprit d’entreprendre, d’innover, de se surpasser. J’ai eu des contacts aussi bien avec les grands patrons, qu’avec les compagnons en atelier.
Une carrière professionnelle marque une personne. Nous portons en nous cette empreinte et c’est pourquoi j’ai voulu vous la faire partager pour que vous puissiez mieux me connaître.


Pourquoi écrire de la poésie ?

Sartre a écrit : « Un des principaux motifs de la création artistique est certainement le besoin de se sentir essentiel au Monde. »
Dans la création poétique, l’écriture peut devenir l’expression d’un sentiment très fort ou d’une passion.
Par exemple, après un deuil, comme le célèbre poème de Victor Hugo à Léopoldine : 
« Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne
Je partirai. Vois tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps… » 
Ou bien , ce peut être l’expression de l’homme qui sent venir la vieillesse comme le poème de Philippe Jaccottet : 
«  A la lumière d’hiver
je traverse la distance transparente
Et c’est le temps même qui marche ainsi dans ce jardin.
Comme il marche plus haut
De toit en toit
D’étoile en étoile
C’est la nuit même qui passe….. » 
Le besoin d’écrire de la poésie peut venir d’une nécessité intérieure. Un besoin de transcrire quelque chose.
Tout l’enjeu de l’écriture poétique est dans la relation avec la vie.
Le poème est essentiel lorsqu’il se rattache à un événement concret, à un sentiment réel.
La poésie est l’expression esthétique et verbale de ce qui – en nous- a besoin d’être matérialisé.
Il y a de l’étrangeté, dans l’acte d’écrire, puis de lire ce qu’il y a à l’intérieur de cette écriture.
C’est une sorte de traduction qui s’opère entre la pensée, l’écriture et la lecture.
C’est si compliqué de transcrire une pensée, car la traduction de cette pensée porte en elle, l’expression ce bien d’autres pensées inconscientes.
Certains disent que la poésie « répare le Monde ». et c’est certainement un point essentiel.
Je pense que l’on écrit souvent  pour se soigner soi même et par la même occasion on soigne les autres. Ceux qui lisent.
Il y a une forme de soulagement à lire clairement ce que l’on a voulu exprimer.
Entre la beauté, le soulagement, la contemplation de sa propre joie ou de sa propre douleur, la poésie est là.
Elle est pleine de vie et la vie elle même est pleine de poésie.
Platon affirmait déjà : « Touché par l’Amour, tout homme devient poète ».
Ce qui nous montre bien que les émotions sont source d’inspiration et que sans elles, il ne peut y avoir de production.
Théophile Gautier, dans le « pin des Landes » , compare le pin qui s’élève majestueusement et qui est victime de l’homme. En effet, pour extraire la sève du pin, il faut ouvrir un large sillon dans son tronc.
Il écrit : 
« Le poète est ainsi dans les Landes du Monde.
Lorsqu’il est sans blessure, il garde son trésor.
Il faut qu’il ait au cœur une entaille profonde,
Pour épancher ses vers,
Divines larmes d’or. » 
Cette image est subliment juste.
On peut penser aussi que le poète est chargé d’une mission, qu’il est indispensable à la survie des mots et du langage.
Il existe des poètes prophètes qui dénoncent des injustices ou redonnent espoir à leur semblable.
Le poète peut devenir un porte parole qui fait preuve d’engagement politique car il a le don de toucher et il n’hésite pas à l’utiliser.
Victor Hugo sur le thème de l’enfant et de la guerre : 
… » Tout est désert. Mais non, seul , près des murs noircis
Un enfant aux yeux bleus, un enfant Grec, assis
Courbait la tête, humilié.
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage, oubliée.



Veux tu pour me sourire, un bel oiseau des bois
Qui chante un chant plus doux que le hautbois
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux tu ? Fleur, beau fruit ou l’oiseau merveilleux ?
Ami- dit l’enfant Grec- dit l’enfant aux yeux bleus.
Je veux de la poudre et des balles…. »

Pourquoi lire de la poésie ?

Pour la musicalité des vers, la beauté des images employées, les émotions ressenties.
La poésie doit dépasser le simple récit personnel pour toucher à l’universalité.
Elle agit alors comme un miroir de nos sentiments et nous plonge dans une forme d’introspection plus ou moins spirituelle.
Les poètes  refusent le langage banal et dans cette redécouverte du langage, il y une recherche de vérité, de l’indicible, qui touche directement à l’âme.
Il peut exister un débat sur l’authenticité de la poésie. Est il nécessaire que l’auteur ressente ce qu’il écrit pour que ce soit beau ?
C’est le rapport très discuté entre l’esthétique et la création…
La poésie apporte à chacun une illumination qui semble universelle mais que chacun définit comme sienne. Et peu importe le rapport entre l’auteur et sa création , pourvu que nous soyons sensibles au flot des mots, des sensations et des images qui nous viennent.
La poésie a tendance a disparaitre. A moins être lue. Dans notre société ultra connectée, il y a de moins en moins de place pour l’humain.
La poésie c’est l’humain dans sa nudité la plus totale, c’est ce qui la rend accessible. C’est ce qui nous touche.
La poésie c’est l’expression verbale ultime.
Ce n’est pas que la beauté du langage, c’est la beauté de l’humain tout simplement.
Si un jour, quelqu’un prétend que la poésie est inutile.
Alors pour l’amour de l’humanité, répondez lui que non.
Elle n’est pas inutile. 

Images de la soirée